La promesse d’une Europe sans voitures thermiques neuves en 2035 vient de perdre de sa netteté. Début novembre 2026, la commission Environnement du Parlement européen a soutenu une proposition qui remplacerait l’objectif de réduction de 100 % des émissions de CO₂ des voitures neuves par une baisse de 87,5 % par rapport à 2021. Ce vote ne modifie pas encore la loi, mais il ouvre la voie à un assouplissement majeur de la réglementation européenne.
Pour Claire, responsable d’une petite flotte d’utilitaires, la question n’est pas abstraite : le calendrier peut influer sur le choix de ses prochains véhicules et sur leur coût. La proposition prévoit notamment des mécanismes de compensation liés à l’acier européen bas carbone et pourrait laisser une place à certains modèles hybrides ou fonctionnant aux carburants de synthèse. Mais entre un vote en commission, une décision du Parlement et un accord avec les États membres, la fin des moteurs thermiques n’est pas officiellement annulée. Le débat révèle surtout les tensions qui traversent la transition automobile : comment réduire les émissions sans fragiliser l’industrie automobile ni imposer un rythme que le marché peine à suivre ?
Objectif européen 2035 : ce que changerait le vote de la commission
Le règlement européen adopté en 2023 fixe pour les voitures et utilitaires légers neufs une réduction de 100 % des émissions de CO₂ à l’échappement à partir de 2035, par rapport au niveau de référence de 2021. En pratique, cette règle rendrait impossible la vente de modèles neufs émettant du CO₂ à l’échappement, sans interdire pour autant de circuler aux véhicules thermiques déjà immatriculés.
La commission ENVI propose désormais une cible de réduction de 87,5 %. La différence, 12,5 points, ouvrirait une marge réglementaire pour certains véhicules qui ne sont pas entièrement électriques. Le texte envisage aussi de prendre en compte des efforts réalisés en amont, par exemple l’utilisation d’acier « vert » produit en Europe.
Il s’agit d’une proposition, pas d’une nouvelle règle déjà applicable. Le vote en commission doit encore être suivi d’un examen en séance plénière, puis de négociations avec le Conseil de l’UE. Le report de l’interdiction souvent évoqué dans le débat public désigne donc, à ce stade, une possible évolution du cadre, et non une décision définitive.
Après 2035, quelles voitures thermiques pourraient rester disponibles ?
Si la proposition aboutit, les constructeurs pourraient conserver une part de modèles dotés d’un moteur à combustion, sous réserve de respecter les objectifs et les mécanismes prévus. Les hybrides rechargeables et certains véhicules à prolongateur d’autonomie sont cités parmi les options possibles, mais leur place dépendrait des critères définitifs et des performances réelles de chaque modèle.
Les carburants de synthèse figurent également dans les pistes discutées. Le projet ouvrirait la possibilité de traiter plus favorablement des véhicules fonctionnant exclusivement avec ces carburants, à condition que les règles finales reconnaissent leur bilan climatique. Leur disponibilité, leur coût et la quantité d’énergie nécessaire à leur production pèseront toutefois dans leur capacité à remplacer largement les carburants fossiles.
Transport & Environment estime que, dans ce scénario, jusqu’à 39 % des voitures vendues après 2035 pourraient encore embarquer un moteur thermique. Cette estimation dépend des hypothèses retenues : elle ne signifie pas que la proposition autoriserait automatiquement une telle proportion dans chaque pays ou chez chaque constructeur.
| Point examiné | Règle actuelle | Évolution proposée |
|---|---|---|
| Émissions des voitures neuves en 2035 | Réduction de 100 % par rapport à 2021 | Réduction de 87,5 % envisagée |
| Place des moteurs thermiques | Objectif conçu pour éliminer les émissions à l’échappement des modèles neufs | Une marge pourrait permettre certains modèles non entièrement électriques |
| Compensations industrielles | Objectif centré sur les émissions des véhicules | Crédits liés, entre autres, à l’acier bas carbone envisagés |
| Statut juridique | Règlement en vigueur | Proposition qui doit encore suivre le processus législatif |
Pourquoi la transition automobile est-elle remise en débat ?
Les constructeurs européens alertent sur une demande de véhicules électriques qui progresse de façon inégale, notamment sur certains segments professionnels. Stellantis et Renault ont ainsi mis en avant les difficultés d’adapter l’offre et les investissements à un calendrier jugé très rapide, tandis que la concurrence chinoise accentue la pression sur les prix et les parts de marché.
Pour une entreprise comme celle de Claire, un utilitaire électrique peut convenir aux trajets urbains réguliers, mais moins facilement à une activité impliquant de longues distances ou des horaires imprévisibles. Les choix dépendent aussi du coût d’achat, de la recharge disponible et de l’usage quotidien. Ces interrogations s’inscrivent dans les discussions sur l’évolution de la stratégie électrique de Renault et sur les moyens de soutenir le redressement de l’industrie automobile européenne.
Le débat ne porte donc pas seulement sur la technologie, mais sur le rythme de transformation des usines, des réseaux de recharge et des habitudes d’achat. Des super-crédits pour les petites voitures électriques fabriquées en Europe sont également envisagés afin d’encourager la production locale et de renforcer la compétitivité face aux modèles importés. L’enjeu est de concilier baisse des émissions et maintien d’une filière industrielle capable de financer sa mutation.
Ce que l’assouplissement pourrait changer pour les automobilistes
Pour les particuliers, la proposition ne signifie pas qu’il faudra remplacer une voiture essence ou diesel en 2035. Les véhicules déjà en circulation ne sont pas concernés par l’objectif de vente des modèles neufs. En revanche, le choix de voitures disponibles sur le marché pourrait être plus diversifié si le texte est adopté.
Cette diversité ne garantit pas que les modèles thermiques resteront aussi accessibles ou nombreux qu’aujourd’hui. Les fabricants devront arbitrer entre coûts de conformité, investissements dans l’électrique et demande des clients. Les questions de puissance, d’autonomie et de fiscalité font déjà partie des critères qui orientent l’achat d’un véhicule électrique, comme le montrent ces éléments sur la puissance et les tendances des voitures électriques.
- Les voitures déjà immatriculées pourront continuer à rouler selon les règles applicables, même après 2035.
- Les achats de véhicules neufs dépendront du texte final, qui n’est pas encore adopté.
- Les hybrides et modèles à prolongateur d’autonomie pourraient bénéficier d’une marge, sous conditions.
- Les carburants de synthèse sont une piste réglementaire, mais leur coût et leur disponibilité restent déterminants.
La décision européenne pèsera aussi sur l’offre de recharge, l’entretien et l’organisation des déplacements. Le développement du covoiturage avec des véhicules électriques illustre que la transition ne se limite pas au choix du moteur : elle touche également les usages et les infrastructures.
Quelles étapes restent avant une décision définitive ?
Après le vote en commission ENVI, le Parlement européen doit se prononcer en séance plénière, avec un vote attendu en décembre 2026 selon le calendrier évoqué. Cette étape déterminera la position des eurodéputés pour les négociations, mais ne suffira pas à elle seule à modifier la réglementation européenne.
Le Conseil de l’UE, qui représente les gouvernements nationaux, devra également défendre une position commune. Les États membres ne partagent pas tous la même approche : l’ampleur de la réduction, les crédits accordés aux matériaux bas carbone et le traitement des carburants alternatifs peuvent faire l’objet de débats serrés. Une cible autour de –80 % a aussi été évoquée dans les discussions politiques franco-allemandes, sans constituer à ce stade une règle arrêtée.
La suite dépendra donc d’un compromis entre les institutions. Pour Claire comme pour les constructeurs, le point décisif ne sera pas seulement de savoir si le thermique survit après 2035, mais dans quelles conditions et avec quelles garanties sur la stabilité du cadre. Le vote de la commission fragilise l’objectif initial ; il ne clôt pas encore le dossier.
Les questions essentielles sur les voitures thermiques en 2035
La fin des voitures thermiques neuves en 2035 est-elle annulée ?
Non. Le vote de la commission ENVI porte sur une proposition d’assouplissement. Le texte doit encore être examiné par le Parlement européen et négocié avec les États membres avant toute modification définitive.
Pourra-t-on encore rouler avec une voiture thermique après 2035 ?
Oui. L’objectif concerne la vente de voitures neuves et ne prévoit pas, en lui-même, d’interdire la circulation des véhicules déjà immatriculés.
Quels véhicules pourraient être vendus si la proposition est adoptée ?
Une marge pourrait permettre certains hybrides rechargeables, véhicules à prolongateur d’autonomie ou modèles utilisant des carburants de synthèse, selon les critères qui seront retenus dans le texte final.
Quand connaîtra-t-on la décision définitive ?
Une étape parlementaire est attendue en décembre 2026, puis des négociations devront avoir lieu avec le Conseil de l’UE. Le calendrier final dépendra de l’avancée de ces discussions.
